Centres Experts VS psychanalyse

par #EnjeuxActuelsDeLaPsychologie

Jacques Lacan rappelait que la science moderne progresse en effaçant le sujet. Elle produit des savoirs objectivables, mesurables, transmissibles — mais elle ne veut rien savoir du sujet comme être parlant, divisé, affecté par ce qu’il vit. La psychanalyse, disait-il, n’est pas anti-scientifique : elle travaille précisément le reste laissé par la science, ce qui ne se laisse ni quantifier ni normaliser.

Michel Foucault a montré comment les dispositifs de savoir sont aussi des dispositifs de pouvoir.

Évaluer, classer, diagnostiquer, ce n’est jamais neutre : c’est produire des normes, tracer des seuils, définir ce qui est acceptable ou déviant.

Les centres experts s’inscrivent dans cette logique : ils accumulent des données, des profils, des scores, au nom d’une rationalité gestionnaire qui transforme les sujets en objets de savoir.

Georges Canguilhem, enfin, rappelait que le normal n’est pas une moyenne statistique, mais une capacité singulière à instituer ses propres normes de vie. Réduire la souffrance psychique à des écarts mesurables, c’est méconnaître que le vivant ne se règle pas sur des courbes, mais sur des rapports singuliers au monde, au corps, au langage.

Le problème des centres experts n’est donc pas l’évaluation en soi, mais ce qu’elle devient :

  • une fin plutôt qu’un moyen,
  • une accumulation de données sans débouché clinique réel,
  • une promesse de savoir qui ne se traduit pas en accompagnement effectif.

Ce que ces critiques convergentes interrogent, ce n’est pas la science, mais son usage : une science sans sujet, une évaluation sans suivi, un savoir sans responsabilité clinique.

Penser autrement le soin suppose de réintroduire ce que la science tend à exclure : la parole, le temps, la singularité, et la dimension irréductiblement humaine de la souffrance.

#EnjeuxActuelsDeLaPsychologie