Article publié dans le numéro 170 de la revue VST (érès), 09/07/2026.

Début de l’article
"Des psychologues ouvrent les portes de leur cabinet et permettent de suivre, pour démystifier leur pratique, les thérapies de vrais patients. Le concept : filmer de vraies séances entre patients et psychologues sans filtre ni mise en scène, dans une démarche authentique. Cela pour ouvrir la parole autour de la thérapie et montrer ce qui se passe réellement dans un cabinet de psy."
France Télévision
J’ai vu « Rendez-vous chez le psy », le, la… comment qualifier cela ? La « série documentaire » ? diffusée en octobre 2025 sur France 2 et disponible en replay[1] sur france.tv. Et c’est une catastrophe. Je ne suis pas critique de cinéma mais je suis psy et documentariste ; et ce sont à partir de ces deux places que je prends la parole aujourd’hui.
Comme le prétend le communiqué de presse de la chaîne (cf. l’incipit de cet article), on nous annonce du vrai à tous les étages, « vraie thérapie », « vraies séances », « vrais patients ». On nous prévient, comme un gage de sérieux, que « chaque thérapie est filmée avec l’accord de tous les patients » : encore heureux, c’était un minimum. Pourtant, malgré l’éthique annoncée, cette série est complètement dysfonctionnelle, tant cinématographiquement que du point de vue de la psychothérapie.
« Secret Therapy »
Esthétiquement on est très loin du documentaire ; je ne m’attendais pas à du documentaire d’auteur mais au moins à une éthique documentaire. Les règles de base d’un découpage technique sont ici bafouées (passage régulier de l’axe champ / contrechamp, règle des 30° non respectée) ; les cadres sont aléatoires, parfois même mal composés avec de l’air sur les trois quarts du plan.
Ne serions-nous pas plutôt dans une télé-réalité ? Car on retrouve tous ses codes : caméra en large focale et en plongée sur la pièce (on se croirait dans Secret Story) ; surdécoupage, plans hyper courts et en constants mouvements ; utilisation omniprésente d’une musique dramatisante ou, à l’inverse, longs silences insistants, genre « Regarde, spectateur, comme ce patient souffre ! » La dramatisation est constante, laissant aux oubliettes le réel, avec son lot de surprises, d’impensés, de mystères. Tout est bien encadré dans ce programme, rien ne dépasse. Sans oublier les plans de coupe de type mauvais téléfilm : sur Paris, ses rues, les escaliers de l’immeuble censé abriter le cabinet (car de toute évidence, il s’agit d’un studio de cinéma). Enfin, quel intérêt de filmer les patients dans la salle d’attente en train de se dire « Tiens, j’attends mon psy… » ? Quel intérêt de les voir sortir de la salle d’attente, sans manteaux de surcroît ? Nous ne voyons que des personnages quitter un décor. Voilà qui est lourdement raté dans cette série : plus on veut faire vrai plus ça sonne faux.
(…)
[1] https://www.france.tv/france-2/rendez-vous-chez-le-psy

